Quels actifs peut-on nantir, et à quelle hauteur ?
Titres cotés, assurance-vie, immobilier, private equity, or, œuvres d’art, grands crus, crypto-actifs : revue complète des collatéraux acceptés par nos partenaires, des quotités réellement obtenues et des conditions à réunir pour chacun.
Trois critères déterminent votre quotité
Liquidité
À quelle vitesse et à quel prix l’actif peut-il être cédé si la garantie devait être appelée ? Un ETF sur grands indices se liquide en une journée ; un vignoble en deux ans.
Volatilité
Quelle amplitude de baisse le prêteur doit-il absorber avant que sa garantie ne devienne insuffisante ? C’est ce paramètre qui écarte les quotités élevées sur les actions individuelles et les crypto-actifs.
Documentation
La garantie est-elle juridiquement solide et opposable ? Statuts, pactes d’actionnaires, expertises, titres de propriété et conservation chez un dépositaire reconnu font la différence entre un refus et une offre.
Les six familles de collatéral
Portefeuille de titres cotés
C’est le collatéral de référence, celui pour lequel le crédit lombard a été conçu. Actions, obligations, ETF, OPCVM et fonds ouverts logés sur un compte-titres ordinaire, un PEA — sous conditions — ou un compte étranger : la garantie prend la forme d’un nantissement de compte-titres, inscrit auprès du teneur de compte et immédiatement opposable.
La quotité est calculée ligne à ligne puis pondérée. Les grandes capitalisations européennes et américaines cotées sur des marchés réglementés obtiennent 60 à 70 % ; les moyennes capitalisations 40 à 55 % ; les petites capitalisations et les titres peu liquides 20 à 40 %, quand ils ne sont pas purement exclus. Une position représentant plus de 20 % du portefeuille subit presque toujours une décote de concentration.
Le risque de change compte également : un portefeuille en dollars garantissant un crédit en euros se voit appliquer une décote supplémentaire de cinq à dix points, sauf couverture ou financement dans la devise du collatéral — solution que nous privilégions systématiquement.
Pièces et conditions
- Compte-titres ouvert chez un dépositaire reconnu, en France ou dans l’Union européenne.
- Portefeuille d’au moins dix lignes pour éviter la décote de concentration.
- Relevé de portefeuille daté de moins de trois mois, avec valorisation ligne à ligne.
- Convention autorisant les arbitrages au sein d’un univers d’investissement défini.
Assurance-vie et contrat de capitalisation
Le nantissement d’un contrat d’assurance-vie ou de capitalisation est l’un des montages les plus élégants du droit patrimonial français : il procure des liquidités sans rachat, donc sans imposition des produits, et sans remettre en cause l’antériorité fiscale du contrat — un avantage considérable sur les contrats de plus de huit ans.
L’opération se formalise par un avenant de nantissement contresigné par l’assureur, avec l’accord du bénéficiaire acceptant lorsqu’il existe. Les contrats luxembourgeois obtiennent les meilleures quotités, jusqu’à 80 % : le triangle de sécurité, la structure des fonds internes dédiés et la qualité de la documentation rassurent les prêteurs, y compris pour des emprunteurs non-résidents.
La composition du contrat pèse fortement sur la quotité : une poche en fonds euros, garantie en capital, est valorisée à 85 – 95 % ; une unité de compte actions à 50 – 65 % ; un fonds immobilier ou un support non coté nettement en dessous. Un contrat multi-supports bien réparti obtient couramment 70 %.
Pièces et conditions
- Contrat français ou luxembourgeois auprès d’un assureur de l’Espace économique européen.
- Accord écrit du bénéficiaire acceptant, s’il existe.
- Composition détaillée des supports et valeur de rachat récente.
- Vérification de l’antériorité fiscale et de la clause bénéficiaire avant nantissement.
Immobilier résidentiel, locatif et parts de SCPI
Stricto sensu, l’immobilier ne relève pas du crédit lombard mais du crédit hypothécaire ; en pratique, la plupart de nos dossiers combinent les deux. Un patrimoine immobilier peut servir de garantie complémentaire pour relever le montant global financé, ou constituer la garantie principale lorsque les actifs financiers sont insuffisants.
Les parts de SCPI, d’OPCI et de sociétés civiles immobilières se nantissent en revanche exactement comme des titres, avec des quotités de 50 à 65 % pour les SCPI de rendement établies. Cette voie est souvent méconnue et permet de mobiliser un patrimoine papier sans le vendre — donc sans subir la décote du marché secondaire.
Le délai est ici le principal facteur limitant : expertise, purge des droits de préemption et inscription hypothécaire allongent la procédure à six à dix semaines. Lorsque l’échéance est courte — droits de succession, promesse de vente — nous montons d’abord un lombard sur actifs financiers, puis un refinancement hypothécaire à froid.
Pièces et conditions
- Titre de propriété, taxe foncière et état hypothécaire récents.
- Expertise indépendante de moins de douze mois pour les biens atypiques.
- Baux et quittancement pour l’immobilier locatif.
- Statuts et derniers comptes pour les parts de société civile.
Private equity, titres non cotés et participations
Le non coté est le terrain le plus exigeant. Les parts de fonds de private equity gérés par des sociétés de gestion établies obtiennent 20 à 40 % de quotité, calculée sur la dernière valeur liquidative connue, avec une décote tenant compte des engagements non appelés. Les participations directes dans des sociétés opérationnelles descendent à 10 à 30 %.
Trois éléments font basculer un dossier : la qualité et l’ancienneté de la société de gestion, la présence de clauses de transfert praticables dans le pacte d’actionnaires, et l’existence d’un historique de distributions. Un fonds en fin de vie qui distribue régulièrement est un bien meilleur collatéral qu’un fonds récent, même prestigieux.
Ce type de financement relève de prêteurs spécialisés, souvent structurés en dette privée, dont les marges sont supérieures — 2,5 % à 4,5 % au-dessus de l’indice. Il reste néanmoins compétitif face à la seule alternative disponible : la cession en secondaire, qui se conclut couramment avec 20 à 35 % de décote.
Pièces et conditions
- Documentation complète du fonds : règlement, dernier reporting, tableau des appels de fonds.
- Pacte d’actionnaires autorisant le nantissement des titres.
- Historique de valorisation sur au moins trois exercices.
- Accord de la société de gestion pour l’inscription du nantissement.
Or, métaux précieux et matières premières physiques
L’or physique constitue un excellent collatéral : marché profond, cotation continue, absence de risque d’émetteur. La condition déterminante est le lieu de conservation. Un stock déposé chez un dépositaire professionnel reconnu — port franc suisse, coffre d’établissement bancaire, opérateur agréé — obtient 60 à 70 % ; un stock détenu à domicile n’est simplement pas finançable.
Les lingots répondant aux standards de bonne livraison sont préférés aux pièces, dont la prime numismatique est écartée de la valorisation. La valorisation retenue est le cours du jour minoré d’une décote de volatilité, révisée en continu comme pour un portefeuille de titres.
Les autres métaux — argent, platine, palladium — sont acceptés par un nombre plus réduit de prêteurs, avec des quotités inférieures de dix à vingt points en raison de marchés moins liquides et plus volatils.
Pièces et conditions
- Certificat de dépôt nominatif chez un conservateur professionnel.
- Factures d’acquisition et traçabilité des lingots.
- Assurance du stock en valeur de remplacement.
- Autorisation d’accès du prêteur au coffre en cas de réalisation.
Œuvres d’art, grands crus, horlogerie et crypto-actifs
Les actifs de passion se financent, mais auprès d’un petit nombre d’acteurs spécialisés. Une œuvre d’art d’un artiste bénéficiant d’un marché secondaire actif et d’un historique de ventes publiques documenté obtient 30 à 50 % de sa valeur d’expertise. Les grands crus classés, l’horlogerie de collection et les véhicules historiques se situent entre 20 et 40 %.
Les exigences sont d’ordre probatoire : expertise indépendante récente, provenance établie sans faille, certificats d’authenticité, assurance en valeur agréée et conservation dans un lieu contrôlé — port franc, cave professionnelle, réserve d’un transporteur spécialisé. La qualité du dossier vaut ici davantage que la valeur de l’actif.
Les crypto-actifs relèvent d’une logique distincte : quelques prêteurs européens régulés financent bitcoin et ether à 20 à 35 %, sous conservation ségréguée chez un dépositaire agréé, avec des seuils d’appel de marge automatiques et rapprochés. À réserver aux détenteurs qui comprennent précisément ce mécanisme.
Pièces et conditions
- Expertise indépendante de moins de douze mois, par un professionnel reconnu.
- Provenance documentée et certificats d’authenticité.
- Conservation en port franc ou chez un dépositaire agréé.
- Assurance tous risques en valeur agréée, subrogée au bénéfice du prêteur.
Tableau récapitulatif des quotités
Fourchettes observées sur les offres reçues au cours des vingt-quatre derniers mois, tous prêteurs confondus. À dossier équivalent, l’écart entre le moins et le mieux disant atteint fréquemment quinze points de quotité — c’est très exactement la raison d’être d’une mise en concurrence.
Consulter le tableau complet des quotités par classe d’actifs →Cinq leviers pour obtenir une meilleure quotité
Diversifier le collatéral
Vingt lignes réparties sur plusieurs secteurs et devises valent dix points de quotité de plus qu’un portefeuille concentré sur trois titres, même de grande qualité.
Ajouter une poche obligataire
Une part d’obligations d’État ou investment grade relève la quotité moyenne pondérée du portefeuille et rassure sur la stabilité de la couverture.
Élargir le périmètre nanti
Nantir 3 000 000 € pour emprunter 1 000 000 € plutôt que le strict nécessaire réduit le risque du prêteur, améliore la marge et éloigne le seuil d’appel de marge.
Documenter les actifs atypiques
Expertise récente et indépendante, facture d’origine, certificat d’authenticité, assurance en valeur agréée, conservation en port franc : chaque pièce fait monter la quotité.
Concentrer la relation bancaire
Un établissement qui conserve les avoirs prête à de meilleures conditions qu’un établissement tiers : la garantie est chez lui, la valorisation est la sienne, le risque opérationnel est moindre.
Mettre en concurrence
Le levier le plus puissant reste la comparaison simultanée de plusieurs offres, sur un dossier unique et complet. C’est le cœur de notre intervention.
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